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Distribution de l’eau : un film et un débat qui décoiffèrent.

02 Mar

Jeudi 27 février à l’initiative de la « coopérative d’idées et la fabrique de projets Vivre en Haut Beaujolais (VHB) » il s’est tenu à Monsols une réunion publique autour du thème de la distribution de l’eau. Le film qui fut projeté et le débat qui suivit décoiffèrent. Alors que les élections municipales approchent, ce qui s’est dit le 27 février était vraiment éclairant. Il serait utile que le sujet de l’eau fasse partie des thèmes de ces élections mais ne rêvons pas, nos élus, à part une petite minorité, s’en fichent comme d’une guigne.

1) Le film intitulé «la bonne eau» apporte un éclairage local sur la gestion de l’eau

Il est évoqué le grand cycle de l’eau: la pluie formée par les nuages au dessus des océans tombe sur les terres, une grande partie de ruisseaux en rivières de rivières en fleuves revient à l’océan, une autre partie va vers les nappes phréatiques, elle est consommée, elle est assainie et revient elle aussi par les mêmes voies à l’océan et ainsi de suite selon une loi d’immémorial retour.

L’originalité du film qui a été présenté est de compléter cette vue globale par une approche locale, celle du petit cycle de l’eau.

Le petit cycle de l’eau c’est principalement les micro phénomènes par lesquels les plantes, de l’herbe à l’arbre, utilisent l’eau et la restituent à l’atmosphère par l’évaporation créant ainsi des micros systèmes hydrologiques en lien avec des micros climats. Ce petit cycle de l’eau est celui aussi des sources auxquelles les habitants du Haut-Beaujolais sont très attachés.

En contraste avec les grands équipements de distribution de l’eau qui sont ceux des grandes zones urbanisées la gestion du petit cycle de l’eau repose sur des équipements plus légers visant à la préserver et à la retenir, sur des plantations d de végétaux visant à le reconstituer et à recréer ainsi là où le sol était devenu aride de la fertilité et de la biodiversité. Ces actions au surplus peuvent être réalisées en milieu urbain et faire ainsi venir la nature dans la ville. Le film en donne de nombreux exemples.

2) Le débat qui suivit le film mit en question la politique de distribution de l’eau en Beaujolais

Une tribune de responsables (un représentant du Sieva, le Président du Sivu équivalent au SIEVA dans le Haut-Beaujolais) et d’experts (le représentant d’une coordination d’usagers de l’eau, un cadre régional de Suez, l’ingénieur de la CCSB qui suit le dossier de l’eau) discuta du film avec le public.

Le débat aborda très vite le sujet du prix de l’eau. A Saint-Bonnet la commune gère elle-même son réseau d’eau et refuse d’adhérer au SIVU facture l’eau moitié moins cher. L’argument passe partout de la mutualisation et de la solidarité fut bien évidemment évoqué. Il se heurte dans le cas de la distribution de l’eau dans la CCSB à des écarts considérables de facturation entre communes et surtout à des tarifs très en dessus de la moyenne nationale. Ces distorsions s’expliquent-elles par la seule longueurs des canalisations forcément plus coûteuses en milieu rural qu’en milieu urbain ? Il est permis d’en douter.

Dans la salle une personne souleva notamment la contradiction existant entre les exhortations assénées aux usagers d’économiser l’eau et le fait que plus l’eau est économisée, donc moins consommée, plus le distributeur doit la vendre plus chère s’il veut couvrir ses frais. Cette contradiction absurde étant d’autant plus grande lorsque le distributeur a confié la mission de la distribution à une société privée comme Suez qui doit évidement dégager une marge, ce que confirma le représentant de Suez.

Une autre personne intervint alors fort brillamment pour rappeler que l’eau est un bien commun et qu’il est très contestable d’en confier la gestion à un grand groupe privé qui doit non seulement couvrir ses frais mais prendre en compte la rémunération des actionnaires. Il serait préférable développa cette personne de ne plus recourir à la formule de la société fermière en la remplaçant par celle de la régie municipale ou intercommunale. Cette intervention fut applaudie par le public.

3) Le débat du 27 février est une bonne introduction à l’esprit dans lequel devront être préparées les décisions que devra prendre la CCSB d’ici la fin du prochain mandat en matière de distribution de l’eau.

La réglementation prévoit, en effet, que les Communautés de Communes auront la compétence de la distribution de l’eau en 2026, c’est-à-dire à la fin du mandat qui vient. C’est loin, dira-t-on, mais c’est par contre suffisant pour bien étudier la question d’un passage à une régie intercommunale de l’eau dont l’opportunité devrait être analysée pas seulement par les seuls élus, trop souvent enclins au suivisme dés qu’un sujet est complexe, mais aussi par des représentants des usagers, cela avec l’aide d’experts indépendants et pas seulement celle des bureaux d’études des sociétés fermières. Il faudra aussi examiner de prés le contenu et les conditions dans lesquelles les contrats de fermage ont été établis. Il y a peut être à dire à ce sujet tellement pour qui a assisté à des conseils de syndicats dédiés à l’eau l’asymétrie est grande entre les techniciens des sociétés fermières et les élus.

Le President du SIVU distribuant l’eau dans le Haut-Beaujolais a eu une formule intéressante pour justifier le recours aux sociétés fermieres en disant que pour les élus elles constituent «une base» apportant des solutions à une grande diversité de problème, ces sociétés n’étant que des «prestataires de service».

Pour qui a pu suivre ne serait-ce que brièvement la façon dont ces sociétés interviennent dans une intercommunalité il est clair que selon les sujets, tout en respectant les formes, il leur est facile de mettre en avant spécialisées faisant partie de leur groupe industriel. «La base» est ainsi dans une situation de monopole qui s’est nécessairement consolidée au fil du temps et qui tire parti d’un marché captif. Elle a une vision d’ensemble du vaste territoire rural où elle est implantée dans les diverses intercommunalités qui quadrille ce territoire. Les collectivités, par contre, n’ont pas cette vision d’ensemble ni une quelconque idée de la stratégie de développement en découlant que suit forcement la société fermière, stratégie qui peut fort bien privilégier, c’est dans la nature des choses, les intérêts de cette société plutôt que ceux du territoire en dépit de toutes les règles étatiques encadrant la distribution de l’eau.

Le blog des 2 clochers

Ci joint une note, à lire absolument car elle comporte des chiffres révélateurs, établie par le collectif de Saint Bonnet des Bruyères «Touches pas à mon eau»: Note eau bien commun – copie.pdf  

 

Une réponse à “Distribution de l’eau : un film et un débat qui décoiffèrent.

  1. Charles MARTIN-COCHER

    5 mars 2020 at 09:39

    Bonjour cher Blog des 2 clochers,
    Présent à cette soirée je souscris à tout le contenu. Je me permets juste un petit complément: nous aimerions voir se multiplier dans nos campagnes ce genre de manifestations de belle tenue et enrichissante pour la réflexion sur le quotidien actuel et futur de notre vie. Le film a été applaudi et les échanges, bien qu’incisifs, ont été très respectueux. Saluons les co-organisateurs avec VHB de cette soirée réussie et à renouveler: l’ association « Amis de la Nature du haut-Beaujolais » (ANHB) et le collectif « Touche Pas Mon Eau »

     

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